Mercredi 10 janvier 2007
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Je demeurais longtemps errant dans CésaréeRacine a écrit un écrin de beaux vers pour orner celui-ci. Aragon a une pensée émue devant l’extrait de Bérénice. Césarée. L’écrin de la reine de Palestine. D’où vient la majesté de ce souvenir mélancolique ? L’errance dans une ville qui sent le marbre et l’or. Césarée. Elle n’existe plus, la ville et pourtant, n’est-ce pas fascinant ? Une place qui appelle à elle tous les déserts de l’Orient, toutes les richesses, les encens, les gemmes, les épices et les soies du monde. Césarée. Ces avenues éclatantes de soleil, ces bâtiments flamboyant sous l’étau de l’été. Et la mer, bleue, l’appel du large. Le marbre, l’or et le sel. Et la mer. Césarée. C’est la gloire incarnée que cette ville émergeant des sables. L’empreinte des romains dans un monde oriental. Pourtant c’est d’une telle féminité, d’une telle grandeur, que l’empereur n’a plus sa place. Césarée n’est plus romaine, elle est un joyau de Palestine. Le palais fleurit de topaze et de lazulite, ses balcons joutent avec Phoebus, Apollon et Horus. Et pourtant. Césarée. La ville semble vide. Intacte dans toute sa magnificence mais vide. Il y a du sable entre les colonnes. Le silence agite les tentures bleues et jaunes à l’entrée des maisons de chaux blanche. Il n’y a personne, rien. Juste du sable salé et le marbre. Et l’ombre du soleil qui court entre les colonnes helléniques. Parfois un palmier danse au dessus d’une statue. Une muse qui veille près d’un bassin vide. Un nénuphar sèche sous les rayons de feu. Césarée ressemble à ces villes que l’on sort du désert. Depuis combien de temps sont vides les places et les marchés ? Depuis combien de temps les caravanes bruyantes ne traversent plus les avenues trop larges ? Depuis quand ne s’interpelle-t-on plus par delà les terrasses où l’air trouble l’horizon ? Césarée. La majesté ensevelie, la puissance du silence, la Babylone du vide.Il y a un homme qui marche là, dans les rues blanches et brûlantes. Il est enroulé dans une tunique pourpre. On pourrait penser qu’elle est violette. Il a de hautes sandales de cuir lacées, et un collier de disques d’or gravés. Son bandeau d’or ne retient pas ses cheveux bruns qui volent devant son visage baissé. Il est seul dans la ville. Césarée. Il ne regarde plus les peintures sur les murs, il semble se perdre dans le sable qui fouette le pavé. Même le bruit de ses pas est couvert par le vent qui vient de la mer bleue. Et que fait-il ? Il marche. Il marche vers nulle part. Césarée n’est plus. Il est un souvenir, son ombre se confond avec celles des sculptures. Il s’appelle Antiochus. Et il n’est rien qu’une ombre. La ville est vide, l’homme est vide, le souvenir demeure. Et le vers de Racine.
Par Altaïr
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Publié dans : Textes et poèmes
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