Le 16/9 ème fait-il (le) cinéma ?

Publié le par Altaïr

Une bande noir en haut.
Une bande noir en bas.

Le format 16/9 ème "fait cinéma"...

    Qui n'a jamais modifié les paramètres de son camescope pour tester le format salle de projection, ne serait ce que pour essayer ? Et pourquoi tourner en 16/9 éme ? Oui, il semblerait que ça "fait plus cinéma"

Pourquoi cette attirance pour les réputés bandes noires ?

Et puis d'abord, c'est quoi, faire cinéma ?
    On sait à peut près ce que c'est que "faire du cinéma" Une histoire. Bon. Mais la partie de golf des voisin en Vendée c'est aussi une histoire. L'histoire d'une partie de golf.
Des acteurs. Mais la petite lucie avec sa canne de golf c'est aussi une actrie. Elle joue le rôle de la petite Lucie-fille-des-voisins. Elle est elle-même. Faut-il donc qu'un acteur soit professionnel ? Pas forcément. Le chomeur de "Voleur de biyiclette" est un chômeur, trouvé par De Sica si juste, qu'il s'est retrouvé dans le film. Et puis dans tous les films de ces petits réalisateurs sans moyen, on prend chez les copains, la famille, les collègues...

    Peut être que ce qui diférencie Coppola, ou le jeune étudiant de la FEMIS de la famille Dupuis, c'est l'objectif.
    Pas celui de la caméra mais de l'oeil qui regarde à travers. Pourquoi les Dupuis filment-ils donc leurs vacances en Vendée ? Pour garder un souvenir, peut-être le montrer aux amis et se rapeller les bons moments de la baignade, de la partie de golf. On pourrait appeler ce regard rétrospectif un regard passif. Ce mot n'a rien de péjoratif. Mais l'intention est une intention de mémoire, de mise en boite, parceque souvent, on oublie les bobines dans le placard.
Alors que le réalisateur... pourquoi veut-il faire un film ? Pour tes tas de raisons diverses autant que précises. Mais en généralisant, on pourrait dire qu'il veut faire passer quelque chose,faire passer une idée, un concept, un message, un point de vue, une critique, une réflexion.
Les films des Dupuis sont des enregistrements sur le vif. Celui d'un réalisateur se doit d'être pensé, étoffé, mûrit. Faire un film de cinéma sur le vif c'est difficile.

    Voire même impossible. Le film du réalisateur n'est pas un enregistrement gratuit. Au départ il y a cette volonté de projection, qui est une idée clé, on y reviendra. Mais l'objectif est là. Il est actif. Le regard du cinéaste est dynamique et ne saurait se contenter de la mise en boite. Il faut étudier le cadre, les déplacements, justifier les choix de lumière et de prise de vue. Le film de cinéma est en lui-même une énorme argumentation en image. Et derrière ces images, une tonne de papiers, de notes, d'essais, de scénario, de synopsis, de références...
        On peut opposer l'exemple des Lumières. On parle des films Lumières. Si on a nulle trace des notes, personne ne peut réfuter la recherche. Les petites minutes filmées sont étudiées. Une scène avec un sujet (une "dramatisation") et une image peaufinée, photographique, même picturale. Si on entend cinéma par "narration formalisée par des techniques et un regard artistique" alors les vues Lumières sont presque du cinéma moderne. Il y manque toutes ces inventions devenues essentielles: le montage, les mouvements de caméra. Les Lumières, c'est du cinéma primitif.



    Alors qu'est ce qui fait le cinéma ? Le film, certes, on vient de le voir.Le second élément clé, c'est la projection. Le film est conçu pour être projetté. Conçu. C'est dans son essence même. Le cinéaste fait un film pour qu'un jour il soit en salle. Et voilà qu'arrive notre 16/9 ème. Depuis l'invention du cinémascope (1953), ce format est de plus en plus présent, jusqu'à devenir l'unique format de projection.
    La télé ne rend pas ce format (quoique maintenant les écrans plats on des réglages qui le permettent, ce qui pose la question de l'avenir du cinéma) Alors au 16/9 ème, se couple tout l'univers capital de la projection de film. La grande salle obscure, les sièges rouges, l'ouvreuse et ses chocolats, l'attente, les publicités et le numéro de Médiavision que tout le monde connait par coeur, le marchand de popcorn à l'entrée, la machine de projection en arrière salle, et surtout l'immense écran blanc contre le mur vers lequel une grande foule regarde.
    Consciemment ou non, le spectateur associe la forme du film à ce contexte de projection. Et quand il tourne un film amateur en 16/9ème, ce n'est pas tant le film de cinéma lui-même qu'il recherche, mais ces retrouvailles avec la grande salle de quartier, cette ambiance, ce décor. Le spectateur a donc mis dans une même boite le film, son format de projection et toute la symbolique du cinéma en tant qu'art et phénomène culturel.

Le 16/9ème, ou comment un format de projection devient la carte d'identité d'un art, ou plutôt de son contexte de rencontre, comme un homme qui aimera les roses, parcequ'il a rencontré sa femme sous un rosier au restaurant.
Ca ne fait pas cinéma mais ça fait comme au cinéma... après tout, on ne connait le 7e Art que dans une salle (tout les cinéphiles vous diront qu'on ne voit du cinéma qu'au cinéma) Alors entre la forme et le fond, et le cadre du tableau... Condtionnement, généralisation, vulgarisation...

Peut être plutôt un cri d'amour. Deux bandes noires qui recréent un univers. Les lettres de noblesse du cinéma sont dans cette popularité, cette empreinte dans l'espirt des hommes, le fait qu'il soit imité, copié, n'est ce pas signe de sa grande valeur ? Et de son ouverture ?
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Publié dans Textes et poèmes

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A
Que voilà un belle vision du cinéma et de sa filiation, et c'est tellement clair et évident que ça tombe sous le sens une fois énoncé.<br /> Merci pour cet argumentaire.
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M
C'est beau de la voir la noblesse (et la richesse ?) contenue dans une chose aussi ténue que le cadre noir sur lequel s'assome le cavalier de la publicité. Ou " Comment Alty revisite le Zazen". Néanmoins, un réflexion très intéressante, chapoba.
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