[Texte] Bataille

Publié le par Altaïr

     Allons soldat, en marche. Il n'est plus temps de reculer. Devant toi s'étale la plaine, verte et silencieuse. Le vent plie les joncs et vos présences ombrent la terre. Avance, chevalier. Présente ton armure d'acier au soleil, fais allégeance à sa chaleur. Dans ton costume de guerre, il fait battre le sang et le cœur, anime ton esprit. Le silence est encore ton allié. Vous formez une ligne parfaite, grise et or. L'asymétrie du paysage vert est rectifiée. Pas un pas de travers. Il n'est plus temps de faire demi-tour. Vous êtes ici en maîtres, masse imperturbable, immobile et silencieuse. Les souffles traversent les casques, les capes se font drapeaux, battant le vent chaud de leur assurance insolente. Elles annoncent le futur, la même rage contracte vos machoires. De l'autre côté, l'ombre vous renvoie votre reflet. Elle s'étale dans un imperceptible murmure que tu devines fracas. Un flot d'étoiles tranchantes fait tomber la nuit. Le soleil se retire derrière la brume du doute. La chaleur n'est pas la cause de tes frissons, ni de ta sueur. Ils sont là. Vous aviez espéré dans un dernier élan qu'ils ne viendraient jamais, vous déclarant vainqueurs sans un mot. Mais au fond de toi, tu savais bien qu'il n'en serait jamais ainsi. Et ils sont sous tes yeux. A quelques centaines de mètres. Tu devines leurs regards sous les plaques d'acier, tu perçois leur détermination dans leur immobilisme. Ils sont venus pour vaincre. Vous aussi. Les mains se serrent sur les pommeaux. Tu te refuses à fermer les yeux. Ta prière aura les yeux ouverts. A quoi bon refuser l'étincelle du courage ? Un vent vous apporte un cri diffus. L'ombre s'ébranle et dévale le coteau, les pas arrachent la terre, les armes naissent dans le jour, meutrières. Dans un même mouvement vous dégainez les votres. Et tu t'élances. La pelouse se dérobe, devient océan, tu sens le temps ralentir, derrière toi les autres t'accompagnent. Chaque pas se décompose, chaque souffle te revient aux oreilles, le poid qui t'assevit devient ton unique espoir. Tu aperçois les silhouettes à présent, le silence est revenu, il n'est plus temps de toucher terre. La lame trace dans l'air un sillon doré. Il n'est pas encore temps de mourir.
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Publié dans Textes et poèmes

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